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Les financements en faveur du climat remis en cause par Donald Trump

Le 24 Juil 2017 à 17h45

La décision de Donald Trump de sortir les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat aura surtout des conséquences sur le plan financier. Sont en danger, le fonds vert pour les pays en développement et les crédits pour la recherche et la politique spatiale aux Etats-Unis.

Sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris  

Le retrait américain n’aura pas d’énormes répercussions directes sur le combat lancé contre le réchauffement. De nombreuses villes et Etats américains ont annoncé que cette décision ne changerait rien à leur politique de réduction des émissions. L’engagement global pris par les Etats-Unis à Paris était léger : une baisse de 26 % des émissions à l’horizon 2030 par rapport à 2005, engagement très nettement insuffisant pour espérer atteindre l’objectif de limiter la hausse des températures à 2 degrés à la fin du siècle. Les Etats-Unis ne sont d’ailleurs pas les seuls dans cette situation : les engagements pris par l’ensemble des pays nous emmènent sur une trajectoire de 3 degrés supplémentaires. Conformément à l’accord de Paris, l’année 2018 devait marquer une révision à la hausse de ces objectifs affichés. La position de Donald Trump va sans doute compliquer cette perspective même si plusieurs pays annoncent au contraire qu’ils souhaitent accélérer sur la baisse des émissions en raison du blocage américain

C’est clairement sur la question du double financement de l’aide au développement et de la recherche sur le climat que l’inquiétude se porte, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde.

Sur le premier point, l’accord de Paris prévoit une aide de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 aux pays en développement pour les aider à créer leur croissance sans porter atteinte au climat. Par exemple, l’engagement de l’Inde de réduire son intensité carbone est conditionné au versement de 200 milliards de dollars d’aides d’ici à 2030. Les pays pauvres attendent les aides pour accéder notamment à une énergie bas carbone. Barak Obama avait promis un chèque annuel pour le Fonds vert de 4 milliards de dollars. Donald Trump ne signera pas ce chèque ce qui risque fort de perturber l’équilibre financier monté avec grande difficulté à Paris.

La recherche sur le climat en grand danger

La communauté des climatologues observe avec effroi les coupes sombres prévues dans les budgets consacrés à l’environnement en général et à la recherche sur le climat en particulier. L’Agence de protection de l’environnement dirigé par un climato-sceptique assumé, Scott Pruitt, voit son enveloppe baisser de 31 % dans le projet de budget 2018 qui sera discuté à partir du mois d’octobre. La NOAA, Agence de l’océan et de l’atmosphère est elle aussi sérieusement menacée, elle qui joue un rôle de premier plan sur le climat. Ce rôle dépasse largement le cadre des Etats-Unis. D’innombrables laboratoires dans le monde utilisent les données collectées par les Américains pour mener leurs propres recherches.

Plus préoccupant encore, la politique spatiale. La NASA joue un rôle primordial pour l’observation de la Terre. Les satellites sont indispensables dans de très nombreux programmes de recherche, pour permettre d’observer les changements en cours, mieux les comprendre, anticiper l’adaptation et affiner les moyens de lutter contre le réchauffement. « 4 programmes de la NASA sont actuellement gelés » alerte Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe 1 du GIEC, « les conséquences seraient dramatiques pour des sujets aussi essentiels que la mesure du carbone, l’étude des nuages et des écosystèmes marins ». Les programmes spatiaux d’observation de la Terre sont quasi systématiquement le fruit d’une coopération internationale à laquelle participe activement l’Agence spatiale européenne. Si la NASA abandonne certaines missions, c’est l’ensemble des programmes qui seront remis en cause.  

Les Etats-Unis financent également 40 % du budget du GIEC qui se monte en moyenne à 5 millions de dollars par an (le GIEC ne compte qu’une dizaine de permanents, les milliers de scientifiques qui contribuent aux rapports sont bénévoles).    

Enfin, les scientifiques s’inquiètent de l’avenir des modélisations climatiques. Six équipes proposent aujourd’hui ces modèles, en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne et trois aux Etats-Unis. C’est grâce à ce travail méticuleux qui fait appel à des puissances de calcul considérables que l’on peut dessiner les futurs possibles dans tous les domaines liés au climat. Là encore, si les Etats-Unis se désengagent même en partie, c’est l’ensemble du système qui serait remis en cause.

Les prochaines discussions budgétaires aux Etats-Unis seront déterminantes, bien plus que la sortie de l’accord de Paris, sortie qui ne pourra être effective avant quatre ans, ce qui nous amène à la fin du mandat de l’actuel Président des Etats-Unis.