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Université d'été E5T : Quelle transition énergétique pour l'Europe ?

Le 07 Sep 2017 à 12h11

Difficile d'avancer à 28 dans la même direction... Si les membres de l'Union européenne sont tous impliqués dans la transition énergétique, les stratégies, les rythmes et les moyens sont tous très différents d'un pays à l'autre.

Où en est l’Union européenne ?

Raphaël H. Boroumand, docteur en économie, professeur associé à Paris School of Business

En Europe le problème c’est que chaque pays a un peu sa stratégie nationale, et une forme de nationalisme énergétique qui fait que la stratégie est très désordonnée. Vous avez des pays qui se lancent dans le nucléaire, d’autres qui en sortent, certains qui achètent du gaz russe, d’autres qui essaient de sortir de cette dépendance…

Denis Simmoneau, diplomate et ex-directeur des relations européennes et internationales d’Engie

Enfin je pense que nous manquons aujourd’hui d’une nouvelle politique de recherche commune au niveau de l’Union européenne. C’est-à-dire que chaque Etat membre, chaque territoire, chaque entreprise, fait sa politique de recherche, alors que nous aurions une vraie politique au niveau des 28 Etats membres, avec des moyens financiers considérables, nous pourrions travailler sur le stockage de l’énergie, la biomasse, sur les véhicules électriques, les véhicules à gaz…

Raphaël H. Boroumand, docteur en économie, professeur associé à Paris School of Business

Il y a vraiment une place à prendre avec la sortie du président américain de l’accord de Paris, pour l’Europe, dans le leadership qu’on pourrait appeler climatique, qu’elle pourrait avoir avec la Chine notamment.

Quels sont les bons et les mauvais élèves ?

Denis Simmoneau, diplomate et ex-directeur des relations européennes et internationales d’Engie

Le pays qui est certainement en avance au sein des 28, c’est l’Allemagne aujourd’hui. L’Allemagne qui a développé un programme solaire, un programme éolien extrêmement important, qui fait que certains jours en Allemagne l’essentiel de la production d’électricité est produit par l’éolien et le solaire.

Jacques Percebois, professeur émérite à l’université de Montpellier :

Pour moi c’est l’Angleterre, parce qu’elle a une vision à long terme. L’Angleterre considère qu’il faut développer les renouvelables, qu’il faut sur le long terme favoriser les énergies décarbonées comme le nucléaire. Et c’est le seul pays pour l’instant en Europe qui a mis un prix plancher du carbone, c’est une très bonne initiative. Donc je pense que l’on regarde toujours du côté allemand en disant « ils ont une bonne politique énergétique » mais n’oubliez pas que 40 % de l’électricité allemande est faite avec du charbon et du lignite.

Denis Simmoneau, diplomate et ex-directeur des relations européennes et internationales d’Engie

D’une manière générale, c’est vrai que si l’on regarde les pays d’Europe de l’Est, certains d’entre eux sont très dépendants du charbon.

Jacques Percebois, professeur émérite à l’université de Montpellier :

Notamment la Pologne, considérée comme un peu arc-boutée sur le charbon, mais il faut le comprendre, certains pays viennent de loin si j’ose dire. En moyenne, l’Europe n’est pas un mauvais élève, c’est plutôt un bon élève, mais c’est très variable d’un pays à l’autre. Regardez la France par rapport à l’Allemagne, c’est un très bon élève.

Comment faciliter la transition énergétique ?

Jacques Percebois, professeur émérite à l’université de Montpellier :

Il faut maintenir le principe de la concurrence car la compétition c’est une source d’innovation. Mais en même temps il faut une vision à long terme de ce que doivent être les investissements dans l’énergie et notamment l’électricité. Je crois que c’est important d’avoir cette vision à long terme parce que le prix du marché ne peut pas à lui seul donner le bon signal pour les investissements de long terme.

Raphaël H. Boroumand, docteur en économie, professeur associé à Paris School of Business

Le plus gros paradoxe de la politique européenne de l’énergie, c’est d’avoir libéralisé le marché pour créer un marché unique, et de l’autre côté, de fixer des objectifs quantitatifs pour les énergies renouvelables. Il faut soit avoir une vision de marché, soit des objectifs quantitatifs, mais avoir les deux en même temps, c’est contradictoire. Donc ce qui manque à l’Europe, c’est  une vision et une feuille de route.