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Transition énergétique : comment se traduit-elle chez les compagnies pétrolières ?

Le 17 Mai 2017 à 17h14

Emmanuel Hache, chercheur et économiste, membre de l'IFPEN, affirme que de nombreuses compagnies de l'industrie pétrolière ont entamé un processus de diversification de leurs activités énergétiques. Une stratégie de long terme qui mise sur un mix entre pétrole, gaz et renouvelables.

Bonjour à tous,

Une nouvelle PE car aujourd'hui autour de cette question : Comment l'industrie du pétrole vit-elle la transition énergétique ? En quoi cela a-t-il impacté son énergie ? La réponse aujourd'hui avec Emmanuel Hache, un des grands observateurs, un économiste qui travaille à l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles, nous allons le faire en PE car, Telsa Model X, 100 % électrique.

Alors Emmanuel Hache, vous êtes chercheur et économiste, vous êtes membre de l'IFPEN, l'Institut français du pétrole, mais qui s'appelle aujourd'hui l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles.

On est IFPEN, IFP énergies nouvelles depuis 2009. On a opéré un virage en terme stratégique vers les nouvelles technologies d'énergies. Et ça se symbolise notamment, l'année dernière, par plus de 50 % de nos brevets qui ont été déposés dans les nouvelles technologies de l'énergie : les biocarburants, l'éolien, ou la motorisation hybride ou électrique. On travaille sur la mobilité en général, le transport et la mobilité. Et on s'interroge sur quelles évolutions en termes de transport et de mobilité en France, en Europe, ou au niveau mondial dans le contexte de transition énergétique.

Vous souhaitiez qu'on réalise cette interview dans un véhicule 100 % électrique.

On est en France, les champions d'Europe de l'électrique en termes de ventes, on n'est pas comme en Norvège où une voiture sur trois vendue est électrique. Cependant, on a un réel potentiel de vente électrique en France. On a réalisé une étude qui s'appelle le projet Selectra, Scénario d'électrification du transport. On s'est interrogé sur quelle politique publique on doit mettre en place pour favoriser la stimulation du véhicule électrique en Europe.

Certaines compagnies ont pris depuis plusieurs décennies déjà le virage de la transition et ne sont plus climatosceptiques. Mais est-ce que le climatoscepticisme règne encore dans certains États-majors ?

On peut véritablement faire une scission entre les compagnies pétrolières européennes et les compagnies américaines. Parler de climatoscepticisme dans les compagnies pétrolières à l'heure actuelle, ça me parait un tout petit peu difficile parce que vous avez une pression sociétale et vous avez une pression des actionnaires. Notamment aux États-Unis, vous avez des fonds de pensions qui agissent en faveur du climat et qui réclament des stress-tests environnementaux pour leurs compagnies pétrolières, notamment ExxonMobil.

Oui en l'occurrence, les italiens d'Eni, Total en France, a déjà intégré cette thématique il y a longtemps.

La transition énergétique fait partie de leur stratégie. La diversification vers les énergies renouvelables, c'est une stratégie en elle-même qui répond, là, à un objectif qui est à la fois bien évidement stratégique en termes d'activités, elles font ce qu'on appelle en économie de la couverture de risque. Si vous considérez que la demande pétrolière à un environnement donné risque de décélérer, vous vous protégez en investissant dans les énergies renouvelables. Et c'est ce que font Total et Eni.

Comment les industries pétrolières vivent-elles la transition énergétique, et qu'est-ce que ça modifie plus encore dans leurs stratégies ?

La première transition énergétique de la compagnie pétrolière, c'est bien évidement la transition gazière. Parce que le gaz, si vous prenez toutes les énergies fossiles le gaz est l'énergie la moins émissive. Et lorsqu'on regarde les évolutions de la production pétrolière et gazière depuis les années 2000, on s'aperçoit qu'à partir des années 2010, en 2013-2014, certaines compagnies ont produit plus de gaz que de pétrole. Avec des majors comme Total, Eni ou Conoco, qui étaient en avance et qui avaient un ratio gaz/pétrole supérieur à 50 %. Depuis l'effondrement des prix du pétrole en 2014, on a quand même un petit stand-by en termes d'investissements dans les actifs gaziers. Malgré tout, c'est la première diversification qui est opérée par les compagnies pétrolières et ça permet déjà de rentrer dans la transition énergétique.

Pourtant, la demande en pétrole, elle demeure ! On ne va pas se passer du pétrole demain comme ça d'un coup de dé !

Bien sûr que non. Quand on parle de transition énergétique on est sur du temps très long. Lorsque vous regardez les scénarios de l'AIE, l'Agence internationale de l'énergie, a sorti des scénarios deux degrés en 2016. Deux degrés c'est à dire climato-compatible. Lorsque vous regardez la part du pétrole et du gaz à l'horizon 2040, on a encore 44 % de pétrole et de gaz en consommation d'énergies primaires au niveau mondial. Ce qui va se passer c'est que leurs parts relatives dans le mix énergétique mondial va avoir tendance à se réduire. C'est pour ça que la stratégie des majors qui investissent dans les énergies renouvelables, c'est à la fois pour répondre à une demande sociétale mais en premier lieu c'est aussi un objectif de stratégie économique et commercial. Elles ont raison de le faire. Les énergies sont véritablement complémentaires. Et pour l'instant, pour certains usages on a encore besoin de pétrole et on risque d'en avoir encore besoin pendant quelques décennies.

Est-ce que les actionnaires font pression pour que ces compagnies deviennent un jour des énergéticiens qui à 30, 40, 50 ans d'échéance, ne produisent plus du tout de fossile, soient devenus des énergéticiens 100 % renouvelables.

Lorsque vous voyez le plan Total, 20 % des énergies renouvelables dans les activités en 2035. On a véritablement un cap. Ce cap répond à la fois à un objectif de décarbonation, et il répond également à un objectif qui est : on sera quand même en 2035 une compagnie qui continuera à produire du pétrole. Vous répondez à la fois à la demande sociétale, à la demande actionnariale, en étant acteur. La compagnie pétrolière est aussi l'acteur de la transition énergétique.

Est-ce qu'ils vont se répartir les marchés ou est-ce qu'ils vont faire un peu de tout ? De l'éolien, comme du solaire, voir de la biomasse ou des biocarburants. Qu'est-ce qui se développera le plus à votre avis ?

A l'heure actuelle, on a des compagnies, Je prends Total comme exemple parce que c'est une stratégie très intéressante. On se lance dans le solaire en 2011 en rachetant SunPower. On rachète un énergéticien belge Lampiris l'année dernière, et on rachète une entreprise qui fait des batteries, Saft, l'année dernière. Vous avez véritablement un objectif, le solaire, le stockage et la distribution d'énergie.

Alors dernière question, tout ça est lié à l'économie en générale et aux prix du pétrole aujourd'hui qui est la première ressource de profit pour les pétroliers. Est-ce que ça n'a pas un impact nuisible finalement, sur le virage technologique nécessaire à prendre en matière de transition énergétique ?

C'est une question qui est très pertinente, parce que, depuis 2014, les prix du pétrole se sont effondrés de près de 110 dollars à moins de 30 dollars en décembre 2015. On a observé quoi comme mouvements dans les compagnies pétrolières ? Un mouvement, un triptyque : désendettement, désinvestissement, puis diversification. La diversification énergétique à l'heure actuelle c'est la couverture des pétroliers par rapport aux prix bas. Donc oui, on pourrait dire que le manque d'argent et la baisse des bénéfices des compagnies pétrolières, elle pourrait impacter la politique de diversification des compagnies. Mais ça a pas empêché certaines grandes compagnies internationales d'acheter des compagnies dans le stockage, dans la distribution d'électricité, dans le solaire. Et donc finalement c'est plus une stratégie de diversification ou de couverture qu'une réaction négative face à la baisse des prix. Encore une fois on est dans du temps long, et à long terme la stratégie énergétique des grands groupes pétroliers va s'orienter vers le renouvelable.

Emmanuel Hache, merci d'avoir accepté cette interview, cette PE car. Vous nous avez donné envie non seulement de renouveler des PE cars en voitures à moteurs hybrides mais dans des voitures 100% électriques comme cette Tesla Model X, une Zoé peut-être demain ou une auto-lib. A bientôt. Au revoir.