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Suisse : quelle feuille de route énergétique pour les décennies à venir ?

Le 03 Juil 2017 à 11h22

Les Suisses ont approuvé à 58 % la première phase de leur « stratégie énergétique 2050 ». La sortie progressive du nucléaire devrait être compensée par des économies d’énergies et encore plus d’hydraulique mais le flou demeure sur les moyens d’atteindre les objectifs.

Sortie du nucléaire

La victoire du « oui » ne faisait guère de doute. Le texte avait en effet été élaboré par le gouvernement d’union nationale composé de sept ministres, représentant les quatre grands partis suisses. Il avait été adopté par le parlement, mais l’UDC (Union démocratique du centre), parti populiste anti-européen et anti-immigration, avait demandé un référendum qui a marqué la fin d’un processus réellement lancé après l’accident de Fukushima. La sortie du nucléaire est donc engagée mais elle ne va pas se traduire tout de suite, à l’exception de la fermeture d’une petite centrale fin 2019. Les autres pourront continuer à produire de l’électricité tant que la sécurité sera assurée. Aucune date n’est fixée pour l’arrêt total même si 2034 reste l’année de référence annoncée. En revanche, il est interdit d’installer de nouveaux réacteurs.

L’autre grand volet de cette première étape concerne les économies d’énergie. Par rapport à l’an 2000, les Suisses devront réduire leur consommation de 16 % en 2020 et de 43 % en 2035. Des aides sont prévues mais restent à préciser, pour améliorer l’efficacité énergétique dans tous les domaines et rénover les bâtiments.   

L’hydraulique en force, l’éolien en pointillé

Entre la sortie progressive du nucléaire et les échéances raisonnables de moindre consommation, la Suisse se donne du temps pour affiner son programme. Et il y a grandement besoin de préciser bon nombre de points essentiels. L’Association des entreprises électriques suisses se réjouit de l’adoption du texte mais pointe une liste impressionnante des chantiers à ouvrir : « Auto-approvisionnement, sécurité d’approvisionnement, tarifs de l’électricité, stockage du courant, développement du réseau ». Pour la porte parole de l’AES, Céline Reymond, « rien n’est encore défini, on va commencer les discussions. Comment remplacer le nucléaire ? Ce n’est pas encore déterminé ! ».

Les marges de manœuvre ne sont pas énormes. L’hydraulique fournit déjà les 2 tiers de l’électricité (le tiers restant est produit par les 5 réacteurs nucléaires en service). Comme en France, il n’est pas envisageable d’installer de nouveaux barrages. En revanche, un vaste programme de rénovation devrait être lancé pour améliorer sensiblement la productivité. L’hydraulique présente également le très gros avantage de permettre le stockage grâce aux STEP (stations de transfert d’énergie par pompage). Pendant les heures creuses, l’électricité disponible et peu chère est utilisée pour pomper l’eau qui est ensuite turbinée pour produire du courant en cas de besoin.

Pour le reste, il n’y aura pas beaucoup d’éoliennes dans le paysage énergétique suisse. Les oppositions des protecteurs de la nature sont très fortes. Plusieurs gros projets sont bloqués par des recours en justice. Les autorités ne prendront probablement pas le risque de créer des conflits locaux qui pourraient être violents. Pendant la campagne, l’UDC a placardé partout des affiches montrant une Suisse défigurée par les éoliennes. La polémique a été vive.

Les autres renouvelables et l’électricité ?

D’autres formes d’énergie renouvelable posent moins de problèmes : le solaire (à doses raisonnables), la biomasse et la géothermie.

Enfin, l’électricité peut s’acheter à l’étranger. La Suisse le fait déjà avec la France et l’Allemagne. Les débats qui vont commencer devraient permettre de préciser le mix électrique suisse qui comprendra à coup sûr une partie importation. Reste à en déterminer l’importance alors que les incertitudes sont nombreuses sur le coût futur de l’électricité.

Le texte adopté ne précise pas non plus quelle sera la part de l’électricité dans le mix énergétique global. Rien n’est encore prévu, par exemple, pour électrifier les transports, autrement dit remplacer du pétrole par du courant sans CO2. Cette première étape suisse a clairement privilégié la sortie de l’atome à celle du carbone. La Suisse devra accélérer sur ce dernier point si elle veut respecter les engagements pris à Paris lors de la COP21 : baisse de 50 % de ses émissions en 2030 par rapport à 1990.