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Que penser du scénario 100 % renouvelable ?

Le 22 Fév 2017 à 12h12

Le scénario 100 % énergie renouvelable fait rêver tout le monde. Il est possible en théorie d’atteindre cet objectif dès 2050, mais à condition de résoudre plusieurs questions délicates. La récente vague de froid en France a servi de test grandeur nature, peu concluant.

Production des renouvelables et météo

Le 18 janvier, jour de grand froid, Ségolène Royal a bien involontairement souligné le principal handicap des énergies renouvelables, en se réjouissant un peu vite : « Avec de très bonnes conditions météo, l’éolien et le solaire vont produire aujourd’hui l’équivalent de 8 réacteurs nucléaires, 8 gigawatts ! ». C’est parfaitement exact mais autrement dit, c’est bien la météo qui décide de la production et c’est un vrai problème pour les gestionnaires de réseaux : ainsi, quelques jours auparavant, le 6 janvier, on était tombé à peine à 2 gigawatts, soit moins de 2 % de la consommation totale. Partout dans le monde, les chiffres montrent même qu’avec l’éolien, on peut en quelques heures passer de 100 % de production à… zéro, et inversement.

Intermittence et stockage

Sur la base des chiffres du 6 janvier, des ingénieurs se sont amusés à faire le calcul suivant : si on voulait 100 % d’éolien en France, sans utiliser d’autre source, il faudrait, compte tenu de l’intermittence, installer 400 000 éoliennes standard, soit une par kilomètre carré ! Provocation bien sûr mais qui pose la vraie question de l’acceptabilité. 7 000 éoliennes sont installées aujourd’hui en France. Il en faudrait sans doute dix fois plus pour un mix 100 % renouvelable, et encore. L’impact sur les paysages est évident. Il faut noter que les réticences dépassent aujourd’hui les oppositions de principe d’anti-éoliens historiques comme Vent de Colère. D’ailleurs, le rapport de l’Ademe sur un possible scénario à 100 % électrique renouvelable soulignait clairement l’incertitude concernant le degré d’acceptation des populations (1).

« Le plus gros problème des renouvelables, c’est l’intermittence » souligne le physicien Christian Ngo (2) « et il n’y a pas d’amélioration à attendre ». Ce spécialiste de l’énergie cite des chiffres édifiants : « Quand l’Allemagne comptait 62 gigawatts de puissance installée en éolien, 74 terra-watts-heure ont été produits en un an. En France, avec 63 gigawatts installés en nucléaire, la production a atteint 405 terra-watts-heure. Le rapport est presque de 1 à 6 ».

Globalement en Europe, le taux de charge de l’éolien terrestre atteint 23 %, un peu plus pour l’éolien offshore. L’intermittence pose problème dans les deux sens (faible ou forte production) car le stockage de l’électricité n’est pas possible à grande échelle. Des pistes sont prometteuses : comme celle d’utiliser l’électricité des renouvelables pour produire de l’hydrogène ou du méthane de synthèse mise en avant par négaWatt. Mais pour le moment, on en reste à une phase exploratoire. Si l’on veut se passer du nucléaire, ce qui est loin de faire l’unanimité, le gaz, sous une forme ou une autre, apparaît comme la première solution car les centrales sont rapidement opérationnelles en cas de besoin.

Sobriété énergétique

L’intermittence et le stockage sont les deux points de divergences entre les think-tank et les ONG engagées dans la transition énergétique (de NegaWatt à Sauvons le Climat…), mais il existe deux points de convergence importants : baisser le recours aux énergies fossiles en allant davantage vers l’électricité décarbonée et diviser au moins par deux notre consommation globale d’énergie. Des investissements considérables sont indispensables dans les secteurs du bâtiment et des transports mais ils peuvent être rentables à différentes échelles : rénover son logement par exemple, c’est réduire très vite les factures d’énergie.

Idéalement, selon les calculs convergents des experts, il faudrait également diviser par deux notre consommation de viande, de produits de toilette ou de vêtements, entre autres. Il faudrait encore développer les circuits courts, le recyclage et l’économie circulaire, l’agriculture raisonnée, la lutte contre l’obsolescence programmée sur fond de création d’emplois.

Ces objectifs sont atteignables, à condition de le vouloir. Il faudra en revanche franchir quelques gaps technologiques pour résoudre les problèmes posés par l’intermittence et le stockage. 

  1. 100% énergie pour négaWatt, 100% électrique pour un scénario présenté par l’Ademe
  2. Dernier ouvrage, (février 2017) avec François Lempérière « Fossiles, Nucléaire, Renouvelables, l’embarras du choix » à télécharger sur www.edmonium.fr