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Peter Thomson : « La clé, c’est la mise en œuvre des engagements COP21 »

Le 23 Nov 2016 à 12h03

Le Président de la 71e session de l'Assemblée Générale des Nations Unies, Peter Thomson, urge les acteurs de la société à tenir et mettre rapidement en place les engagements pris à Paris à la COP21, ou le seuil des 2°C sera irréversiblement atteint.

Entre la COP21 et la COP22, où en est le climat ?

C'est assez facile, vu l'état du monde actuel d'être pessimiste à propos de tout. Que ce soit pour la sécurité, le climat, ou l'émigration. Il y a tellement de défis majeurs qui nous sont imposés à tous au XXIème siècle... Mais quand il s'agit du changement climatique, c'est facile de sombrer dans le désespoir. Parce que les faits jouent désormais contre nous tous : nous sommes tous en danger sur cette planète, au regard du changement climatique.

Mais la bonne nouvelle, là où l'espoir vient remplacer le désespoir, c'est que l'an dernier 195 pays ont adopté l'accord de Paris. 2015 était une grande année, parce que nous avons aussi mis en place l'agenda 2030 pour le développement durable, adopté par tous les pays et leurs dirigeants. Avec les 17 objectifs du programme qui vont nous permettre de savoir comment vivre durablement sur notre planète.

L'autre chose que je veux dire à ce propos c'est qu'il y a une moralité impliquée ici : le temps, dans l’histoire de l’humanité, où nous pouvions accepter l’idée de voler aux générations futures, est révolu. Parce que dans le passé, c'est ce qu'était le développement : prendre, prendre, prendre. Nous avons brûlé les forêts, nous avons brûlé du charbon... C'était comme si le monde avait assez de ressources pour satisfaire tout le monde. Cette époque doit vraiment s'achever rapidement.

COP22 - Quelles sont les attentes ?

Nous allons à Marrakech, avec beaucoup d'espoir, car bien sûr il reste encore beaucoup de travail. La clé de tout c'est la mise en œuvre des engagements pris, et c'est sur quoi nous allons nous concentrer à Marrakech.La mise en œuvre pratique, comme faire ratifier l'accord par les pays qui ne l'ont pas encore fait.Nous devons tenir la promesse des 100 milliards de dollars pour subventionner l'adaptation au changement climatique. Nous devons nous assurer que cet engagement sera tenu par tous.

Après son départ imminent quel sera l'héritage de Ban Ki-moon ?

 

Pour moi son héritage ce sont ces deux accords : l'agenda 2030 sur le développement durable et l'accord de Paris sur le changement climatique.

Donc le prochain secrétaire aura un important rôle à jouer pour élever nos ambitions et s'assurer de la mise en œuvre des accords. On ne peut pas juste s'asseoir en se disant : "C'est bon on a l'accord, tout va bien se passer." Ça ne fonctionne pas comme ça. On doit les entraîner vers ce but, car c'est le seul moyen pour que l'humanité réponde à cet enjeu.

Qu'arriverait-il en cas de dépassement des 2°C ?

 

Et nous devons augmenter nos ambitions face à l'enjeu des 2°C. Je viens des îles du Pacifique (Fidji).

Et là-bas nous disons : "1,5°C pour rester en vie." Ce n'est pas désinvolte, parce que beaucoup de nos voisins aux Fidji, seront sous l'eau quand nous aurons atteint les 1,5°C. On ne peut pas se permettre d'aller au-delà de 2°. Quand vous commencez à entrer dans ces zones vous vous trouvez en eaux très dangereuses. L'industrie des assurances dans sa totalité cesse de fonctionner.

Heureusement maintenant nous avons la volonté politique grâce aux accords de Paris, de remédier à la situation. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut laisser à nos enfants et à nos petits enfants. C'est à nous de nous en occuper, maintenant ! D'ici les cinq prochaines années. Parce qu'une fois que ce seuil des 2 degrés sera dépassé, l'humanité aura vraiment des problèmes… Et les politiciens et les grandes entreprises qui essayent d'occulter cela, nous rendent à tous un très mauvais service.