picto-energie-couleur Énergies

Pascal Lamy : Plus d’investissements pour réussir la transition énergétique

Le 21 Nov 2014 à 16h41

Pour l'ancien patron de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce), on peut réduire les émissions de CO2 en évitant les crises. Sa solution : des « alliances » entre Etats, grandes villes et entreprises.

Transition énergétique : Ce n’est pas pareil à Paris, Washington ou Pékin !

Si vous regardez ces questions de transition énergétique avec un œil global, la vérité c’est que chacun met un peu ce qu’il veut dans un concept qui n’est pas le même pour les Européens, pour les Américains ou pour les Chinois. Il est vrai que la demande d’énergie est croissante, que les énergies fossiles vont continuer à jouer un rôle essentiel même si on peut faire d’avantage en matière de renouvelables.

Aujourd’hui en matière d’énergie, c'est-à-dire de commerce des produits énergétiques comme en matière de changement climatique, il y a un trou considérable de gouvernance globale. Dans le cadre du changement climatique, ce n’est pas qu’on n’a pas essayé, on a du mal parce que selon la Chine ou les Etats-Unis, on peut avoir des vues très différentes. La Chine est le principal émetteur de gaz carbonique sur la planète mais les Etats-Unis demeurent le principal émetteur par tête.

Le protocole de Kyoto est-il mort ?

La force de Kyoto c’est qu’il était très contraignant pour ceux qui l’avaient signé. Sa faiblesse c’est que ni les Américains ni les pays en développement n’étaient là, donc on ne traitait que d’environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Ce qui est totalement insuffisant et même pénalisant ou décourageant pour ceux qui avaient pris en quelque sorte le flambeau du changement climatique, comme le continent européen.

Quelles solutions, notamment en Europe ?

 

Nous sommes des précurseurs, nous investissons davantage que les autres dans des technologies propres, dans l’efficacité énergétique. C’est ce que le Japon essaye de dire aussi, de ce point de vue là, il est assez semblable à l’Europe. C’est un bon investissement pour l’avenir.

Pourtant ces investissements coûtent cher…

 

Certes mais c’est un facteur de compétitivité à terme. Les Suédois ont inventé une taxe carbone il y a 30 ans et ils ne s’en sont jamais portés plus mal et sont devenus assez bons dans l’utilisation, l’investissement, la diffusion de technologies propres.

Comment se mettre d’accord sur la réduction des émissions de CO2 ?

 

On est dans un monde qui est bien meilleur que par le passé. Il n’empêche qu’il y a des risques et je pense qu’il faut trouver d’autres moyens que les crises pour créer de l’énergie politique, et cela passe par une mobilisation de la société civile, des entreprises, des pouvoirs publics, des villes. Et là on tombe d’un certain point de vue sur ce sujet, qui à mon avis est important pour l’avenir en matière énergétique et environnementale, qui sont ces coalitions. C'est-à-dire des alliances au plan national, européen, mondial entre des pouvoirs publics, et notamment des grandes villes, qui sont devenues des acteurs essentiels dans ce domaine, la société civile, les entreprises et notamment les multinationales qui sont obligées de procéder à ces choix globaux.