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Des milliards d'euros pour l'énergie grâce au Programme d’investissements d’avenir

Le 21 Avr 2017 à 16h08

Louis Schweitzer, commissaire général à l'investissement, pilote le Programme d’investissements d’avenir (PIA). Mis en place par l’État, le PIA sert, via des appels à projets nationaux, au financement d’investissements innovants et prometteurs sur le territoire. Le PIA entre dans sa troisième phase. 60 % des 10 milliards d’euros prévus seront consacrés directement ou indirectement à l’énergie. Louis Schweitzer répond à nos questions.

Politiques énergétiques : Qu’est-ce qui motive la priorité accordée au secteur de l’énergie dans cette phase 3 du PIA ?

Louis Schweitzer : Je suis profondément convaincu que le dérèglement climatique est LE grand sujet, le défi majeur pour l’avenir de la planète et l’avenir de l’industrie, automobile notamment, mais pas seulement. La Conférence de Paris a été un progrès extraordinaire mais on vit une sorte de contrecoup avec la difficulté de la mise en œuvre sur le long terme. Comme le risque n’est pas immédiat, on a du mal à imposer la primeur du sujet.

L’énergie n’est pourtant pas un sujet nouveau dans le cadre du PIA ?

Au contraire ! Dès la commission Juppé-Rocard, l’énergie a été placée au rang des priorités majeures. Mais on a dû constater que les crédits prévus n’étaient pas utilisés en raison du manque de projets ! C’est en train de changer. Nous intervenons pour ce PIA3 dans trois directions. 1,5 milliard d’euros est alloué aux projets centrés directement sur l’énergie. Entre 2 et 3 milliards iront à la modernisation de l’industrie avec une forte clause d’éco-conditionnalité. Enfin, des crédits sont prévus pour la baisse de l’impact énergétique, par exemple pour des systèmes d’information plus sobres. Au total, cela représente 60 % du montant du PIA !

Dans le secteur de l’énergie, nous soutiendrons la recherche pure et des domaines plus ciblés : les réseaux, les projets réellement innovants, ceux qui n’existent pas encore, par exemple pour l’énergie marine, les hydroliennes ou l’éolien offshore et flottant avec la volonté de travailler sur des démonstrateurs.

Nous aurons un souci permanent : faire coopérer les acteurs entre eux. Le manque de coopération est l’une des grandes faiblesses françaises, dans ce domaine comme dans d’autres !

Vous lancez un plan particulier baptisé « Territoires d’Innovation de Grande Ambition ». Quel est son but ?

Il concerne les régions comme les villes ou les villages, il n’y a pas que la grande échelle. Il s’agit d’encourager ces territoires à faire la démonstration multidisciplinaire qu’une transition peut amener des impacts positifs pour l’énergie comme pour la qualité de vie des populations grâce à toute une palette d’actions efficaces. Les territoires eux-mêmes deviennent ainsi des démonstrateurs reproductibles sans avoir forcément besoin d’investissement public, grâce au souci de l’efficacité. Le PIA, programme national, peut être territorial dans ses lieux d’application. On observe que de nombreux acteurs se positionnent sur les appels à manifestation d’intérêt que nous avons lancés. Oui, il y a un engagement bien réel. Le sujet est désormais pris au sérieux !

Le véhicule autonome et électrique est l’un des grands symboles de la transition. Comment voyez-vous son évolution ?

Dans le secteur de la mobilité, le véhicule autonome est la première grande révolution depuis l’invention de l’automobile ! J’y crois très fort. J’ai demandé à l’Institut Védécom (1) de travailler sur les briques technologiques. Les deux grands constructeurs français et Valéo investissent beaucoup. Nous voulons accélérer, travailler l’amont sur des briques communes pour gagner du temps sur l’aval. Ça marche bien. Il faut maintenant passer à l’acte. Attention, il n’y a pas que la techno ! Nous devons faire intervenir les sciences humaines et sociales. La voiture autonome sans volant ni pédales rend disponible pour d’autres activités. Il faut ouvrir une nouvelle réflexion sur l’urbanisme. Il faudra également créer des normes, préciser le cadre juridique. Le travail est énorme et passionnant. Le véhicule autonome sera là en France avant 2030, je pense plutôt 2025 ou 26. Pour le moment, trois pays sont en pointe, Etats-Unis, Allemagne et France. La Chine va arriver. Celui qui sera le premier à affirmer des certitudes technologiques prendra un avantage déterminant. Et l’autonomie se combine très bien avec le véhicule électrique, bien sûr !  

    

  1. Vedecom est un ITE, Institut pour la transition énergétique, plateforme interdisciplinaire (public-privé) dans le domaine des énergies décarbonées, dans le cadre du PIA. http://www.vedecom.fr/