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Interview de Jean Jouzel : la menace Trump sur l'accord-climat de Paris

Le 19 Avr 2017 à 11h06

Climatologue, ancien vice président du groupe 1 du Giec, médaille d’or du CNRS et co-prix Nobel de la Paix, Jean Jouzel estime que les promesses électorales de Donald Trump peuvent casser la dynamique créée par l’accord de Paris. Il est surtout inquiet pour le financement de la recherche et l’aide aux pays en développement.

PE : L’accord de Paris sur le climat est-il en danger après la décision de Donald Trump de relancer le charbon ?

Jean Jouzel : Je pense en fait que le charbon est un peu anecdotique. Il s’agit surtout pour Donald Trump de tenir une promesse électorale. Globalement, je ne crois pas du tout à une relance du charbon aux Etats-Unis.

La question du réchauffement climatique va continuer de peser, et surtout, le gaz de schiste est un concurrent direct du charbon. Au-delà de Trump, c’est le critère économique qui va s’imposer. Le problème reste sa politique globale d’abandonner tous les critères environnementaux. Il est en train de démanteler l’Agence américaine de l’environnement. S’il tient toutes ses promesses électorales, ce sera extrêmement dommageable pour ceux qui croient encore à l’accord de Paris.

Le problème de cet accord c’est que les engagements des pays ne sont pas à la hauteur de l’objectif. On sait déjà qu’à l’horizon 2030 il y aura 30 à 40 % d’émissions de gaz à effet de serre en trop pour rester sur la trajectoire des deux degrés. Mais une certaine dynamique s’était créée. Dans ce sens, du point de vue du signal plus que du résultat, la reprise du charbon est extrêmement négative. Un effet domino est possible. Si Trump relance le charbon aux Etats-Unis, ça va donner à d’autres pays une justification pour le faire. Déjà Poutine, d’une certaine façon, s’est engouffré dans la brèche. La Russie est le dernier grand pays à ne pas avoir ratifié l’accord de Paris et je pense que Poutine n’est pas près de le faire.

Les USA pourraient-ils quitter l’accord de Paris ?

J’ai cru comprendre qu’il y avait des discussions aux Etats-Unis. On voit bien que les promesses électorales sont mises à mal. Il ne suffit pas de dire je veux ! Pour remettre en cause un accord ratifié, il faut repasser devant le congrès. Même les Républicains ne sont pas forcement hostiles à l’accord de Paris. Beaucoup d’Etats mais surtout beaucoup de secteurs industriels voient la sortie de l’accord comme quelque chose de plutôt négatif pour leurs activités. Donc ce n’est pas joué parce que même si je pense que Donald Trump tentera la sortie, ce n’est pas sûr qu’il réussisse aussi facilement à défaire un accord si important.

Est-ce qu’il n’y a pas aussi des problèmes sur les financements et notamment les 100 milliards de dollars par an promis aux pays en voie de développement ?

Oui. Ce que je crains le plus, et qui est plus facile à faire pour Trump, c’est que les Etats-Unis arrêtent tout financement en faveur de la lutte pour le climat.

Les résultats pourraient être désastreux. Je pense à l’engagement de Trump de ne plus financer des organismes internationaux travaillant sur l’environnement et le climat, comme le GIEC dont les Etats-Unis supportent aujourd’hui une part importante du soutien financier. C’est un des points qui peut faire très mal à notre communauté scientifique. On peut craindre aussi la diminution significative des budgets de grands organismes scientifiques comme la NASA, notamment pour l’observation de la Terre, et tout ça est extrêmement négatif. Bien plus, pour moi, que la question du charbon.

Est-ce qu’il existe d’autres signaux qui permettent de croire que des progrès sur le climat sont encore possibles ?

Oui je continue à penser qu’économiquement les signaux sont positifs. Par exemple, si on regarde les investissements au niveau planétaire en 2016, les énergies renouvelables ont été plus fortes que toutes les autres énergies. Autre signe important, c’est la diminution du coût des renouvelables.

Si on veut que les renouvelables se développent vraiment, il faut qu’elles soient rentables économiquement. La où le solaire est rentable, les gens ne se mettront pas au charbon. Ce n’est pas encore vrai en France.

Mais on voit bien que l’important pour les renouvelables, qui ont un potentiel énorme, c’est que leurs coûts diminuent car c’est encore trop cher. Il faut aussi qu’il y ait des innovations au niveau du stockage de l’énergie et des matériaux. C’est tout ça, pour moi, la réussite de la transition énergétique.