picto-perspectives-couleur Perspectives

Xavier Caïtucoli : "l'électricité est l'énergie du numérique"

Le 24 Mai 2016 à 11h07

Le PDG de Direct Énergie nous livre sa vision de l'évolution des usages de l'électricité. Notre consommation électrique augmente, mais notre façon de consommer se fait de plus en plus intelligente.

Résumé de la vidéo

Direct Energie est le petit frère ou la petite sœur d’EDF ou d’Engie ?

Nous sommes le 3e acteur français de l’électricité et du gaz. Une autre génération comparé à EDF ou Engie. Nous sommes un industriel né au 21è siècle. La société a 13 ans. Nous comptons 1 600 000 clients, comparé à 10 000 000 pour Engie et 30 000 000 pour EDF.

Vous produisez vous-mêmes de l’électricité ?

 

Oui à partir de gaz aujourd’hui, demain à partir d’hydraulique on l’espère, et on livre nos clients : résidentiels, professionnels, collectivités, nous livrons la petite couronne à Paris pour l’éclairage public.

Ce qui est intéressant aussi c’est l’évolution de nos sociétés, modernes et émergentes, vers davantage d’usages de l’électricité. De quelle façon va-t-on vers le tout électrique ?

La consommation d’électricité progresse depuis des décennies de manière considérable. Même dans les sociétés très développées, la consommation d’électricité augmente. En 1980, on consommait à peu près 200 térawattheures, au début des années 2000, 380, en 2015, on a consommé 440 térawattheures.

C’est dû à l’évolution démographique ? L’évolution des objets du charbon vers l’électrique ? Ou c’est vraiment une tendance très forte car nous sommes face à un basculement de la société ?

C’est une tendance très forte car l’électricité n’est pas une énergie comme les autres. Au même titre que le charbon était l’énergie de la machine à vapeur, l’électricité est l’énergie du numérique. Et c’est l’énergie la plus proche du consommateur. On a tous autour de nous de l’électricité, dans les poches avec nos smartphones, de nouveaux usages arrivent.

Avec les chiffres que nous venons d'évoquer, on a l’impression que la croissance de la consommation d’électricité ralentit. Alors que non, c’est un effet d’optique. On consomme de mieux en mieux l’électricité, on fait de plus en plus attention à l’usage qu’on fait d’un kilowattheure, que ce soit pour se chauffer ou pour se déplacer dans un véhicule électrique. Mais par ailleurs, il y a des développements d’usage considérables. En France, plus de 9 % de la consommation d’électricité est utilisée par les data centers.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous comme vision stratégique ? Qu’est-ce que cela change dans votre façon d’aborder votre développement ?

L’électricité est au cœur de notre développement. Nous sommes un nouvel acteur, nous avons une mission particulière. Nous devons inventer les usages de demain et permettre au secteur d’évoluer. Doit-on aller vers un modèle centralisé ou décentralisé ?

Nous allons de plus en plus vers des smart grids, des organisations de diffusion très locales ?

 

L’électricité et le numérique, c’est une histoire d’amour. L’un sert l’autre et inversement. L’électricité c’est l’énergie du numérique, et le numérique va permettre à l’électricité d’être beaucoup plus intelligente. L’arrivée du smart grid, l’installation des compteurs Linky, va permettre à la demande d’électricité d’être beaucoup plus souple.

On gèrera aussi par quartiers ? On partagera entre mini producteurs ?

 

Oui mais ce ne sera pas à 100 % ce modèle-là. Le modèle de demain sera global et pluriel. L’électricité a une caractéristique technique qui a un impact énorme sur son modèle économique. Elle n’est pas stockable. La seule façon de la stocker aujourd’hui c’est de stocker de l’eau dans des grands barrages, c’est un peu la vision d’Elon Musk, de Tesla. Aujourd’hui le fait qu’elle ne soit pas stockable fait que notre modèle dominant adapte en permanence la production à la demande. Quand vous rentrez chez vous et que vous allumez un appareil électrique, il y a quelque part une centrale qui accélère son alternateur pour vous fournir l’électricité dont vous avez besoin. Cela pose un certain nombre de problèmes surtout aux moments de pointe, où l’on se retrouve à devoir appeler les moyens de production les plus polluants.

Le smart grid va rendre notre consommation intelligente, et permettre aux fournisseurs de commander la consommation sans perturber le confort des clients. Si votre chauffage électrique est éteint pendant 10 minutes, pour écrêter une pointe de consommation globale et nationale, ça ne change pas votre confort. Mais vu du système électrique, ça évite d’appeler un moyen de production polluant, d’avoir à construire des centrales de pointe fioul, charbon, etc.

Est-ce que l’on va demain vers une société du tout électrique ?

On a un nouveau véhicule de l’énergie, c’est l’électricité : il est pratique, massif, partout, il permet de produire avec des sources plus décarbonées. Mais on aura toujours besoin de pétrole et de gaz, même si je crois à la domination de l’électricité. Tout le monde le voit.

Sur quoi Direct Energie travaille-t-elle pour essayer d’inventer l’innovation de demain ?

Ce qui compte pour nous, c’est de mettre le consommateur au centre. Le consommateur doit comprendre. Si je vous demande comment se répartit chez vous votre consommation, vos usages de l’électricité, vous ne savez pas forcément me répondre.

Notre mission c’est d’aider le consommateur à ouvrir les yeux. Une fois cela, le reste viendra tout seul. Il saura qu’il peut investir dans la rénovation de son habitat pour que son chauffage soit plus efficace, qu’il peut acheter un système de domotique pour permettre à sa hifi de se couper, que sa veille arrête de consommer plusieurs kilowattheures dans l’année.

Rien ne se fera sans le consommateur, pas même le financement, il n’y a plus d’argent public. Le consommateur doit comprendre pour avoir envie, investir, puis s’y retrouver.

Vous avez votre propre laboratoire de recherches, vous investissez dans des start-up ?

 

On investit dans des start-up et on a une équipe de développement de dispositifs chez les clients. Nous avons une offre Linky exclusive.