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Les quatre premières mesures chiffrées du plan climat de Nicolas Hulot

Le 25 Sep 2017 à 11h18

En annonçant les quatre premières mesures chiffrées de son plan climat, Nicolas Hulot veut montrer que toute politique écologique doit aussi être sociale. Les plus modestes pourront bénéficier d’aides revues à la hausse pour la voiture et le logement mais on est bien loin d’une révolution verte.

Certes, il ne s’agit que de premières mesures. Certes, d’autres devraient suivre, mais l’orientation donnée en cette rentrée se situe clairement dans un renforcement de l’existant et ne remet en cause aucun modèle notamment pour la voiture, à la grande satisfaction d’ailleurs de tous les acteurs du secteur de l’automobile.

Automobile

Dans la pratique, la prime de 500 à 1 000 euros qui était sélective sera étendue à tous les propriétaires de véhicules à essence datant d’avant 1997 ou véhicules diesel d’avant 2001. Sous certaines conditions, cette aide passerait à 2 000 euros pour des ménages non imposables. Pour les candidats à l’achat d’un véhicule électrique, la prime passerait à 2 500 qui s’ajouteraient à l’aide de 6 000 euros qui est maintenue. Ces mesures concernent l’achat de véhicules neufs ou d’occasion. Nicolas Hulot chiffre à 3 millions le nombre de voitures éligibles et espère que l’an prochain 100 000 d’entre elles seront envoyées à la casse. L’impact sur les émissions de CO2 serait réel mais si le dioxyde de carbone recule, le nombre de véhicules reste le même selon le principe en vogue depuis l’après guerre qui veut que chaque ménage doit avoir sa voiture. Rien n’est prévu dans ce plan pour encourager une tendance bien plus innovante et porteuse d’économies en tous genres, la voiture en libre service. Grâce à cette pratique qui se développe, l’utilisateur dépense juste ce qu’il faut pour utiliser un véhicule seulement quand il en a besoin (exemple, Autolib à Paris). Il économise ainsi sur toutes les dépenses obligatoires et permanentes liées à la possession d’une voiture. Baisser le nombre de véhicules présente d’autres avantages pour la collectivité : une voiture est immobilisée en moyenne 90 % du temps. Moins de voitures, c’est aussi libérer beaucoup d’espace utilisable pour proposer d’autres usages et en particulier des moyens de se déplacer sans émettre de gaz à effet de serre (tram, vélo, bus électrique…), sachant en plus que 50 % des déplacements en voiture sont inférieurs à trois kilomètres (source Ademe). Il est surprenant que Nicolas Hulot néglige l’économie de partage qui est en train de prouver jour après jour sa pertinence. En plus de l’auto partage, le covoiturage gagne des adeptes, et notamment auprès des plus modestes car l’intérêt financier va largement de pair avec l’intérêt environnemental.  

Logement

Les annonces faites pour les véhicules se prolongent sur les mêmes principes dans le secteur du logement avec une augmentation du montant des aides, des simplifications bienvenues et un chèque énergie qui passerait à 200 euros en moyenne en 2019 au bénéfice d’environ 4 millions de ménages. En plus de lutter contre la précarité énergétique, le but est de rénover l’existant, de mieux isoler ou de chauffer en émettant moins de gaz à effet de serre. Reste que les ménages qui souhaitent bénéficier de ces aides devront tout de même trouver de quoi payer les travaux. Idem pour l’abandon des chaudières au fioul pour des pompes à chaleur ou des poêles à bois. Ces derniers sont deux à trois fois plus chers qu’une chaudière au gaz, nécessitent un espace pour stocker des buches ou les palets et des dépenses pour un ramonage régulier. Il y avait un autre moyen de favoriser la transition dans les logements : utiliser les économies faites sur la facture de chauffage après rénovation pour payer les travaux. Il faudrait pour cela que des banques acceptent un rendement moins élevé sur leurs prêts. Cela fait des années que cette idée simple et prometteuse a été lancée. Elle permettrait à tous de ne rien dépenser  et même de gagner de l’argent après remboursement.     

Le ministre de la transition écologique et solidaire reconnaît « y aller pas à pas ». Il rencontre sans aucun doute, dans les arbitrages et les décisions, des résistances multiples liées à la place importante dans l’économie française des secteurs de l’automobile, du transport routier, de l’aviation en attendant l’énergie et le nucléaire, sans parler de l’alimentation et de l’agriculture.

Pour le climat, on verra aux résultats l’intérêt de ces premières mesures. En revanche pour les ménages les plus modestes, certaines des aides seront rapidement mesurables. On attendait moins Nicols Hulot sur ce terrain là.