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Nicolas Hulot : concilier liberté de parole et parole d’Etat

Le 13 Juin 2017 à 11h22

La popularité de Nicolas Hulot est indéniable. Tout comme sa liberté de ton ou la finesse de son analyse de la question environnementale. Mais passer de la société civile au gouvernement, avec les contraintes que cela implique, est sans doute le premier chantier qui l’attend.

Hulot, ministre d'Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire

Les ministres d'ouverture font rarement la fermeture d'un gouvernement. A plus forte raison lorsqu'ils viennent de la société, dite « civile ». Et à plus forte raison encore, quand ils sont très populaires, cette popularité étant le fruit d'une liberté de ton connue et reconnue par l'opinion publique. Nouveau ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot parviendra-t-il à démentir cette leçon aussi vieille que la politique moderne ?

Le président Macron considère que Nicolas Hulot est la plus « grosse prise » de son quinquennat qui s'ouvre. Le nouveau chef de l'Etat peut en effet se flatter d'avoir réussi à attirer dans l'action gouvernementale l'un des meilleurs ministres de la Parole de la vie politique contemporaine. Un des Français parmi les plus populaires. Une grande voix, toujours écoutée. Et qui jusque là avait toujours refusé de s'engager auprès d'un président, qu'il s'agisse de Nicolas Sarkozy ou François Hollande.

C'est toujours un énorme pari que de confier un portefeuille ministériel à ce genre de profil.

Du commentaire à l'action politique

Premier écueil. Le fait d'être une grande figure incarnant une préoccupation de l'époque ne confère pas automatiquement compétence ministérielle. Nicolas Hulot est certes parmi les plus fins commentateurs des dossiers liés à la question écologique depuis des années. Mais du commentaire à l'action, il est un pas que le ministre venu de la société civile peine parfois à franchir. Or les dossiers qui attendent Nicolas Hulot sont lourds. Et comme il entend tous les ouvrir, dit-il, notamment ceux du réchauffement climatique et de la santé environnementale, il sera guetté au tournant. Saura-t-il agir en tant que ministre, ou sera-t-il encore et toujours un commentateur lanceur d'alerte sur l'état du monde ? Saura-t-il dialoguer et convaincre la majorité qui s’annonce pléthorique, de nouveaux parlementaires LREM, aussi sensibles aux exigences environnementales qu’aux arguments des entreprises ?

Les obligations d’un ministre

Second écueil. Habitué à sa liberté de parole, Nicolas Hulot saura-t-il se plier aux exigences de la vie en solidarité gouvernementale ? Ministre, il n'est plus possible de dire et faire ce que l'on veut selon son bon plaisir. Souvenons-nous du professeur Schwartzenberg, cancérologue réputé, nommé à la Santé par Michel Rocard en 1988, et éjecté huit jours plus tard pour avoir annoncé des décisions prises sans consulter les plus hautes autorités de l'Etat ? Nicolas Hulot, dont les compétences ministérielles ont été calculées au plus près, saura-t-il éviter cette tentation dans les semaines et les mois qui viennent ? 

Prenant ses fonctions, Hulot a déclaré : « J’ai besoin de prendre des marques, d’identifier mes interlocuteurs en évitant les faux pas et en restant moi-même ». Rester soi-même tout en étant ministre, vaste programme.