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Démantèlement des centrales nucléaires : une méthode inédite

Le 30 Mai 2017 à 11h34

Deux ingénieurs de haut niveau proposent une autre manière de démanteler les centrales nucléaires en les transformant, grâce au béton et au remblai, en colline engazonnée après évacuation du combustible irradié !

Une méthode inédite

On pourrait croire à une sorte de canular mené par quelques potaches d’école d’ingénieur en mal de buzz. Mais la personnalité et le parcours des deux porteurs de ce projet écartent la piste de la plaisanterie, inspirent le respect et suscitent l’intérêt. François Lampérière, ingénieur X-Ponts est un spécialiste reconnu du béton et a piloté une vingtaine de grands ouvrages de génie civil comme des barrages sur le Rhin, le Rhône, le Nil ou le Zambèze, des centrales nucléaires ou le port d’Antifer au Havre. Christian Ngô, Normalien et docteur es sciences, a notamment été directeur scientifique auprès du Haut-commissaire à l’énergie atomique.

Dans le livre qu’ils cosignent*, ils développent, entre autres, une proposition déjà présentée dans une chronique pour la revue spécialisée « Techniques de l’Ingénieur ». L’idée de base est simple : actuellement, le principe du démantèlement des centrales repose sur le « retour à l’herbe », autrement chaque site doit retrouver son état originel. Les deux auteurs proposent de ne retirer que le cœur du réacteur hautement radioactif et de remplir puis d’ensevelir le reste sous des tonnes de béton fluide. Enfin, pour achever la recette, ajoutez dix mètres de remblai et vous obtenez une colline de soixante mètres, un peu moins haute que les terrils des bassins miniers. Ensuite, à chacun de choisir le décor : du gazon, des arbres, des pistes cyclables, des panneaux photovoltaïques ou des éoliennes !

Question, que deviennent les autres parties contaminées de la centrale ? « Ce n’est pas un problème », tranche Christian Ngô. « Tout n’est pas radioactif dans une centrale, loin de là. La preuve, on peut se promener ou travailler à peu près partout sans protection particulière. Les bâtiments, le réacteur lui-même, la tuyauterie sont très peu radioactifs. Et coulés sous le béton ils ne présenteront aucun danger à l’extérieur». A noter que ces matériaux représentent en moyenne 10.000 M3 (béton notamment) et qu’une fois retirés, ils sont transportés et enfouis ailleurs sous quelques dizaines de mètres de remblai.

Gain de temps et d’argent

Pour les deux ingénieurs, la formule ne présente donc que des avantages, le plus important étant de gagner du temps et donc d’économiser de l’argent, beaucoup d’argent même ! Comme on ne connaît pas le coût précis des démantèlements en cours, il est impossible de répondre à l’euro près mais un facteur de 5 à 10 est un ordre de grandeur acceptable. « Il faut laisser le réacteur se refroidir pendant deux ans avant de retirer le combustible irradié » précise Christian Ngô. « Ensuite, on peut compter deux années de plus pour réaliser l’ensemble des travaux. Si la durée du démantèlement dans sa forme actuelle est si longue, c’est parce qu’on démonte par morceaux et on prend le risque de disperser la radioactivité, d’où les énormes précautions qui sont prises. Et cela prend beaucoup de temps ». Parmi les autres avantages de ce « démantèlement in situ », il faut également prendre en compte les risques moindres pour le personnel, la diminution importante du transport de matériaux puisque tout ou presque reste sur place, les revenus complémentaires pour les collectivités puisque le propriétaire de la centrale continuerait de payer un loyer pour les dix hectares occupés par la « colline ».

Reste encore à travailler la question de l’acceptabilité qui accompagne désormais systématiquement tout projet lié à l’énergie ou aux déchets. 

Les deux ingénieurs ont été invités à présenter ce projet devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Ils souhaitent qu’une étude approfondie soit menée sur leur projet, étude qui ne coûterait pas grand-chose comparée aux dizaines de milliards qui pourraient être économisés !

  

* « Energies fossiles, Nucléaire et Renouvelables, l’embarras du choix » (à télécharger gratuitement sur le site http://www.edmonium.fr)