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Le Maroc, bon élève de la COP22

Le 17 Nov 2016 à 16h08

Si accueillir la COP est un honneur, il ne faudrait cependant pas négliger les contraintes que cela impose. Au-delà des évidentes difficultés logistiques, le pays doit, en quelque sorte, se montrer exemplaire... ou, du moins, prouver son intention de l’être. Qu’en est-il du Maroc, hôte de la COP22 ? Justement, alors que l’élection d’un président climatosceptique aux Etats-Unis inquiète les signataires de l’accord de Paris, le royaume chérifien a fait le choix de passer au vert. Il a pour cela beaucoup d’atouts.

Le soleil de Noor

Les chefs d’Etat présents à Marrakech pour la COP22 seront invités à visiter la centrale solaire à concentration de Noor. Cette centrale est la vitrine de la politique marocaine en faveur des énergies renouvelables. La fierté des autorités est légitime. En effet, la phase 1 de Noor – lumière en arabe – déjà en fonctionnement, occupe une superficie de 500 hectares aux portes du désert, à Ouarzazate. Plus de 500 000 miroirs incurvés produisent environ 160 mégawatts (MW) qui peuvent être délivrés jusqu’à trois heures après le coucher du soleil, aux heures où, précisément, les besoins sont le plus importants. La deuxième phase permettra de stocker de l’électricité pendant au moins sept heures, ce qui est considérable. Quant à la phase 3, elle utilisera ce que l’on appelle des héliostats, des miroirs qui feront converger les rayons solaires vers le sommet d’une tour de 250 mètres de hauteur. La phase 4, enfin, sera photovoltaïque, faisant de Ouarzazate le plus grand complexe solaire multi-technologique au monde, avec une capacité de 580 MW et une superficie de 31 km2. En outre, le prix du kilowattheure, qui est de 14,7 centimes d’euros pour Noor 1, sera réduit d’environ 10 % pour Noor 2, et devrait encore baisser pour Noor 3. Plus qu’une vitrine, Noor est vraiment la pièce maîtresse de la stratégie solaire du pays.

Mohammed VI s’engage dans la transition énergétique

La part des énergies renouvelables dans les capacités électriques du Maroc représente actuellement 30 %, elle devrait passer à 52 % en 2030, quand l’Union européenne vise 20 % en 2020 et 27 % en 2030... Mais il est vrai que le Maroc bénéficie de 330 à 340 jours de soleil par an !

Cependant, les motivations ne sont pas seulement d’ordre écologique, en effet, alors que sa consommation énergétique augmente en moyenne de 6 % par an, le Maroc achète à l’étranger 97 % de son énergie et la facture représente 10 % de son PIB. C’est loin d’être négligeable, et c’est sans doute ce qui a contribué à motiver l’implication personnelle du roi Mohammed VI. Cet engagement est un atout immense pour lever certains obstacles administratifs, lancer l’arsenal de mesures nécessaires, mais aussi recueillir l’adhésion des professionnels et l’enthousiasme de la population.

Dans le solaire, ce sont des ressources publiques qui financent « au nom de l’intérêt général » des projets privés. Dans l’éolien, dont les technologies sont plus matures, le financement est entièrement privé. Dans tous les cas, la transparence des procédures est citée en exemple par les entreprises.

Le Maroc a par ailleurs engagé un grand plan gazier afin de remplacer progressivement ses centrales à charbon, très anciennes et très émissives de gaz à effet de serre. La part du charbon devrait ainsi passer de la moitié de la production électrique actuellement au quart en 2030, sauf que la puissance électrique aura triplé d’ici là. L’enjeu est de taille.

Restent les sujets qui fâchent. Autrement dit, les carburants et le butane pour la cuisine et l’eau chaude. Côté carburants, des mesures ont été prises pour rajeunir le parc automobile et développer le rail. Grâce à la baisse des prix du pétrole, les subventions aux carburants routiers ont été supprimées, elles représentaient en 2013, 2 % du PIB. Ces mesures sont cependant insuffisantes devant l’envolée spectaculaire du transport routier due notamment au fait que de plus en plus de logements sont construits de plus en plus loin des centres-villes.

Et les logements ? Dans un pays où l’immobilier croit de manière exponentielle, l’obstacle majeur est la forte subvention au butane. Malgré un programme de soutien à l’installation de chauffe-eau solaires, les résultats ne sont pas encore probants. Les inégalités des ménages devant ces types de dépenses en fait l’un des engagements les plus cruciaux que devra prendre le gouvernement marocain pour confirmer la valeur de ses engagements.

Si toutes les mesures ne sont pas aussi spectaculaires et efficaces que celles prises dans le domaine de l’électricité, elles s’inscrivent toutes dans le plan de Stratégie nationale de développement durable (SNDD), qui doit démarrer en 2017 et se poursuivre jusqu’à 2030. Les enjeux sont considérables et la réussite de Noor fait figure d’exemple à suivre.