picto-perspectives-couleur Perspectives

Bilan COP22 : L'Afrique, grande gagnante ?

Le 21 Nov 2016 à 11h43

L’accès de l’Afrique à l’énergie, mais aussi son droit à un développement plus rapide et durable : ce fut un des sujets de la COP22. Par ailleurs sans véritable autre résultat concret. Quel bilan pouvons-nous tirer de cette 22ème conférence climat ?

La COP22 : une COP d'organisation

Pour beaucoup, cette COP22 n’aura été qu’une conférence climat de plus, sans véritable résultat concret. Il est vrai que, malgré l’adoption de la « Proclamation de Marrakech », voulue par le Maroc, le pays hôte, cette réunion aura surtout permis de faire avancer le planning de travail jusqu’en 2018, en vue de l’application opérationnelle de l’Accord de Paris, une COP d’organisation en quelque sorte, sans avancée notable. Pour autant, la machine onusienne étant lourde et complexe (rançon d’une discussion multilatérale au cours de laquelle chaque état reste souverain), il fallait absolument faire ce travail, préciser le calendrier, fixer la méthodologie, s’entendre sur les mécanismes du texte de Paris pour que celui-ci (tout de même signé plus rapidement que jamais) puisse passer dans les faits et ne pas rester pure vision théorique. Marrakech a permis cette gestation. Du coup, l’échéance est là : « Paris » devrait entrer en vigueur en 2019, les règles du jeu (le « Rulebook ») devant être actées à la COP24, l‘année précédente.

L'Afrique au coeur de la COP22

 

Outre ce « discours de la méthode », cette progression à pas comptés vers un résultat tangible, Marrakech aura surtout été marquée par deux événements, à première vue paradoxaux mais qui ont en réalité donné à cette conférence climat 2016 tout son relief : d’abord l’élection surprise de Donald Trump à la Maison-Blanche, vécue comme une menace par les d’experts de la question climatique qui redoutent le moindre retour en arrière, compte tenu du sentiment d’urgence qu’ils expriment pour éviter une trop forte et trop rapide hausse des températures.

Second événement, à contrario, la mobilisation sans précédent de la communauté internationale en faveur d’une transition énergétique viable pour l’Afrique. Mouvement qui s’est affiché au grand jour, pour la première fois, au Maroc dans toute sa dimension concrète.

Passé le choc de l’annonce de l’arrivée d’un climato-sceptique au pouvoir aux Etats-Unis, la COP22 s’est évertuée à démontrer que, juridiquement et dans les faits, Trump ne pourrait pas s’opposer à un mouvement lancé de longue date et qui a désormais une ampleur planétaire. La seule réaffirmation de l’engagement chinois en faveur de la réduction de ses émissions de GES et de l’accord de Paris a semblé donner raison à cet argumentaire.

Quant à la mobilisation en faveur de l’Afrique, elle est apparue comme une évidence pour tous les participants à cette COP. Non seulement parce que celle-ci se déroulait au Maroc. Mais aussi et surtout parce que les autorités hôtes, comme l’industrie et la société civile marocaine, ont tout mis en œuvre pour la rendre concrète.

L’AMEE (l’Agence Marocaine pour l’Efficacité Energétique) et le patronat marocain ont multiplié les événements, et les signatures de conventions avec des pays africains en quête de savoir-faire et d’expertise pour améliorer leurs infrastructures. De grands noms d’industriels marocains comme Masen ou Nareva exposaient leurs réalisations et surtout leurs projets de centrales solaires et de fermes éoliennes, dans le pays comme sur tout le continent. La « Zone verte » de la COP22, ouverte à tous, foisonnait de cet esprit « continental ».

Marrakech se devait d’imposer cette vision positive. Car, même si l’Afrique n‘émet tout au plus que 5 % des rejets mondiaux de CO2, sa poussée démographique, le développement de ses métropoles, le dynamisme de sa société civile imposent d’accompagner la croissance à laquelle elle est promise. À la fois en tenant compte des exigences de la transition souhaitée à Paris, mais aussi sans entraver le droit des africains à atteindre rapidement les standards des autres sociétés développées.