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Claire Tutenuit : Quel rôle pour les entreprises dans les COP ?

Le 28 Sep 2016 à 10h36

Délégué général d'EpE (Entreprises pour l'Environnement), Claire Tutenuit était la porte-parole des entreprises au Climate Chance de Nantes. Elle a dressé un bilan de leurs actions depuis COP21 et de leurs attentes pour COP22.

Claire Tutenuit, Délégué général Epe (Entreprises pour l’environnement)

Quels changements pour les entreprises depuis COP21 ?

Il y a une chose qui a changé, c’est l’ambition de l’accord. Les entreprises étaient sur des trajectoires d’efficacité énergétique à moins 1 % d’émissions par an, elles ont réalisé qu’une trajectoire de 0 émissions nettes avant la fin du siècle, c’est beaucoup plus difficile et ambitieux que ça et ça va supposer des ruptures technologiques, des nouveaux produits. Elles ont réalisé qu’il fallait vraiment une accélération pendant la COP21. Elles se mettent en ordre de marche pour ça, avec des secteurs qui en sont à faire des road map de long terme. 

Sur le sujet emblématique du prix du carbone, la COP21 l’a quand même introduit un peu dans l’accord et un peu dans la décision, elles ont donc réussi à faire parler de ce sujet, et elles y croient car elles en ont besoin, c’est un élément indispensable de la transition.

Qu’attendez-vous de la COP22 ?

Elle aura lieu au Maroc, c’est un pays en développement, pas producteur de pétrole, qui a des problématiques de développement bas carbone qui sont extrêmement intéressantes. Comment investit-on dans un pays comme celui-là ? Et en Afrique, puisque beaucoup de pays africains seront à la COP22, c’est la première fois que les entreprises vont y aller avec l’état d’esprit bas carbone. Elles attendent aussi des choses en termes de prix du carbone, ça a été à peine ébauché à la COP21, donc le sujet n’est pas clos et il faut continuer à mettre la pression sur ce sujet. Et à mettre la pression aussi en faveur d’une cohérence internationale, sur la montée des prix du carbone et l’extension du domaine des prix du carbone.

Et le climatoscepticisme ?

 

Les intérêts en présence sont considérables, et les difficultés de la transition ne peuvent pas être sous-estimées. Si vous êtes une entreprise pétrolière ou charbonnière, et qu’on vous demande d’organiser la sortie, c’est extrêmement difficile et les forces de résistance sont nombreuses. On n’est plus dans le climatoscepticisme, on est dans le climatofatalisme, « de toute façon il est trop tard », « de toute façon on n’y peut rien ». L’année 2016 a monté de 1,3 degré par rapport à la normale préindustrielle, or l’accord de Paris c’est bien en dessous de 2 degrés, on est déjà à 1,3… On n’est plus dans le climatoscepticisme. En revanche, les forces qui vont essayer de ralentir sont encore là, et il faut plutôt les traiter en objectivant les difficultés de cette transition, en convertissant les gens, les programmes de recherche, les installations industrielles, les comportements de consommateurs, etc. Il vaut mieux parler des difficultés et essayer d’y trouver des solutions. Le climatoscepticisme n’a plus de raison d’être.