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Chine : les renouvelables contre la pollution

Le 06 Avr 2017 à 11h33

Fin 2016, la Chine défrayait la chronique en raison du pic de pollution qui s’était abattu sur Pékin et le centre du pays. Malgré, ou à cause de cela, l’empire du Milieu investit fortement dans les énergies renouvelables et particulièrement le solaire.

Réduire la pollution grâce aux renouvelables

Fin 2016, la Chine défrayait la chronique en raison du pic de pollution qui s’était abattu sur Pékin et le centre du pays. Certes, ce n’était pas le premier pic que le pays subissait, mais celui-ci avait déclenché l’alerte rouge, rouge comme la tâche sur AirVisualEarth, le planisphère qui donne à voir, en temps réel, la qualité de l’air dans tous les pays de la planète. Championne dans de très nombreux domaines, la Chine l’est donc aussi dans le domaine de la pollution de l’air. Malgré, ou à cause de cela, l’empire du Milieu investit fortement dans les énergies renouvelables et particulièrement le solaire. Alors, contradictions ou stratégie ?

Grande consommatrice d’énergie, la Chine a longtemps privilégié le charbon qui représente encore un peu plus de 60 % de son mix énergétique. Energie abondante et peu chère, le charbon n’aurait que des qualités s’il n’était pas aussi extrêmement polluant. Confrontée à des niveaux de pollution atmosphérique que la population, notamment les classes moyennes, ne veut plus supporter, la Chine s’est lancée dans une politique agressive de développement des énergies renouvelables, au point d’apparaître déjà comme la championne du solaire. Pour la seule année 2016, le pays a doublé ses capacités de production d’énergie solaire et, avec 77 gigawatt (GW), il est passé devant l’Allemagne (39,7 GW en 2015), l’ancien champion.

Une centrale visible depuis l’espace

De fait, l’empire du Milieu ne fait pas les choses à moitié. Pas moins de 2 500 milliards de yuans – 344 milliards d’euros – vont être consacrés aux énergies renouvelables d’ici 2020. Selon l’Agence nationale de l’énergie (ANE), les énergies renouvelables (éolien, hydraulique, solaire) auxquelles s’ajoute le nucléaire pourraient fournir la moitié de l’électricité en 2020. Il s’agit de produire 210 gigawatts d’énergie dont 110 gigawatts d’origine solaire. Il s’agit aussi de créer 13 millions d’emplois dans le secteur.

D’ores et déjà, c’est en Chine que se trouve la plus grande centrale solaire photovoltaïque du monde : la ferme de Longyangxia Dam, dans la province de Qinghai, où se trouvent déjà le barrage sur le fleuve Jaune et la centrale hydroélectrique qui lui est associée. Avec ses 4 millions de panneaux solaires, Longyangxia Dam produit 850 mégawatts (MW) sur 27 km2 et permet d’alimenter 200 000 foyers. Elle devance la centrale de Kamuthi, en Inde, d’une capacité de 648 MW, et celle de Topaz, en Californie (576 MW). Pour avoir une idée du gigantisme de la centrale, il suffit de savoir qu’elle est visible depuis l’espace. Mais les records étant faits pour être battus, la centrale de Longyangxia Dam ne restera pas longtemps la plus grande du monde. En effet, la Chine a lancé un autre projet, dans la province de Ningxia, d’une capacité de 2 000 MW. Parallèlement, le pays a récemment fermé sa dernière centrale à charbon.

Comme toujours en Chine, c’est l’Etat qui initie les changements et le premier ministre Li Keqiang a promis devant l’Assemblée nationale populaire de « mener une guerre sans merci » pour « rendre le ciel de nouveau bleu ». Ces mesures pour lutter contre la pollution s’accompagne d’investissements dans les renouvelables et le nucléaire, mais aussi de menaces. En effet, « ceux qui polluent en cachette ou qui fraudent seront sévèrement punis » et « ceux qui ne font pas respecter la loi seront poursuivis avec sévérité », a déclaré le premier ministre. Quant aux entreprises, celles qui sont « non conformes » aux normes d’émission seront fermées « sans hésitation ».

Dire que le pays a déclaré la guerre à la pollution n’est pas un vain mot.