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Gaz naturel et électricité : Total lance son offre pour les particuliers

Le 10 Oct 2017 à 17h16

Avec Philippe Chalmin, économiste spécialiste des matières premières, nous nous intéressons au marché de l'électricité en France pour les particuliers, qui voit arriver Total et son offre Spring.

Bonjour à tous. Une nouvelle PE Car consacrée cette fois à l'électricité, le marché de l'électricité en France, qui est en pleine évolution avec l'arrivée de Total, le pétrolier, pour venir concurrencer EDF, Engie, Direct Énergie... Alors un pétrolier dans le monde de l'électricité, on va l'évoquer avec l'économiste et universitaire Phillipe Chalmin, professeur ici à Paris-Dauphine. Je vais le chercher.

Alors, Phillipe Chalmin, merci d'avoir accepté cette interview, cette PE Car en voiture à moteur hybride. Vous êtes économiste, universitaire, professeur à Paris-Dauphine. Vous travaillez notamment sur les matières premières et on va s'intéresser au marché de l'électricité en France, qui est en train d'exploser, en tout cas, d'évoluer d'une façon très étonnante, puisque, à côté d'EDF, d'Engie, de Direct Énergie et des tout petits distributeurs d'électricité, arrive un gros... Un pétrolier, Total. Pourquoi est-ce qu'un pétrolier tout d'un coup s'intéresse à l'électricité ?

Mon analyse est que les dirigeants de Total sont tout à fait conscients qu'il faut qu'ils raisonnent sur la longue période. Sur la longue période, il est clair que la place des énergies fossiles, d'abord le pétrole, et dans un deuxième temps le gaz, sera de moins en moins importante. Et donc, les grands groupes pétroliers vont devoir se transformer de plus en plus en énergéticiens. C'est-à-dire être capables de gérer l'ensemble de la palette de nos sources d'énergie. Et Total est présent maintenant de manière relativement importante dans ces énergies renouvelables, que ce soit le solaire, notamment, dans le stockage de l'énergie avec les batteries. Donc je dirais que dans leur évolution et dans la stratégie mise en place par un garçon comme Patrick Pouyanné, il est clair que c'est le stade suivant.

C'est-à-dire que Total aujourd'hui, avec son offre Spring, se tourne vers le grand public pour distribuer l'électricité et faire concurrence à EDF, à Engie, et puis à ceux qui déjà depuis 10 ans étaient entrés comme Direct Énergie.

L'arrivée de Total, c'est quand même quelque chose d'important dans la mesure où ce n'est pas une start-up, ce qu'était Direct Énergie, et je pense que s'ils arrivent sur le marché de la distribution d'électricité, ce n'est pas pour gentiment faire de la figuration.

Des grandes idées de l'arrivée de cette offre commerciale destinée au grand public, Spring de Total, c'est de dire, au fond, on va réveiller ceux qui ne savent même pas chez les clients français qui paient leur électricité, qu'ils pourraient quitter EDF, Engie pour aller acheter de l'électricité... ?

C'est la notion "l'électricité est-elle ou non un marché captif ?" C'est vrai que dans une certaine mesure, pour beaucoup de Français, ils ne se sont jamais vraiment posé la question. C'est très différent lorsque vous regardez des clients industriels. Au niveau des clients industriels, la concurrence joue à plein, ça, c'est clair. Les entreprises regardent les prix beaucoup plus que les privés. Bon. Au niveau du consommateur de base que vous et moi sommes, c'est tellement simple. Vous avez votre facture EDF, point à la ligne et puis voilà.

Mais alors, il y a une dimension quand même très symbolique, l'idée étant qu'aujourd'hui, on est globalement un énergéticien. C'est ça, l'idée ?

C'est vrai que les majors pétroliers, les 4 ou 5 grandes entreprises mondiales se sont efforcées, alors notamment les Européens, soyons honnêtes. C'était le cas de BP, de Shell, de Total, qui ont tenu à bien marquer qu'ils n'étaient pas seulement des pétroliers, avec, soyons honnêtes, l'image un peu négative qui peut ressortir : le pétrolier qui pollue, etc. Et donc, quelque part, alors dans un premier temps, ça a été au stade du discours, Total est probablement un de ceux qui est allé le plus loin. Qui est allé le plus loin d'abord vers le gaz naturel, ça, c'est normal, on reste dans le champ du fossile. Et faut pas oublier que nous vivons une véritable révolution sur le gaz naturel, avec le développement des gaz naturels liquéfiés, etc. Et ça va jouer un rôle très important et c'est fondamental.

Mais ils ont pris le virage de l'électricité solaire et même de l'éolien aujourd'hui.

Absolument. Là, Total est un peu une exception parmi les autres, c'est d'avoir poussé cette logique véritablement jusqu'au bout.

Mais alors, dernière question. Le public à court terme va s'y retrouver. On lui propose des prix à - 10%. Mais à terme, est-ce que ça ne risque pas de créer une guerre des prix qui pourrait être nocive parce que ça coûte quand même de l'argent de produire de l'électricité, d'installer, d'investir pour créer des fermes éoliennes, des fermes solaires photovoltaïques. Est-ce que, à terme, ça risque pas de déstabiliser le marché de l'électricité, cette concurrence ?

Non, parce que je pense au contraire que ça peut être un accélérateur de technologie. Je pense que nous ne connaissons aujourd'hui que la première génération des énergies renouvelables, dont, objectivement, la rentabilité, en termes de coût, n'est absolument pas garantie. Ce qui aujourd'hui passe la route, c'est l'éolien terrestre. L'éolien marin et le solaire sont à un niveau de prix qui dépendent  largement des subventions des uns et des autres. Il y a une erreur fondamentale que font souvent  d'ailleurs à la fois les économistes et le public, c'est de raisonner demain avec des technologies d'aujourd'hui. Je suis persuadé qu'il y a des innovations fondamentales auxquelles nous allons assister dans le solaire, dans l'éolien, et surtout dans un domaine essentiel sur lequel d'ailleurs, je crois, Total est en train d'investir assez lourdement, qui est le stockage de l'énergie. Comment stocker de l'électricité ? Le jour où on saura stocker de l'électricité, nous aurons totalement changé la logique de ce marché. Quand je raisonne un peu l'avenir, j'avais écrit il y a quelques années un petit livre sur le siècle de Jules, Jules étant mon petit-fils, et j'essayais de lui raconter le 21e siècle. Et j'écrivais là-dedans, au fond, je sais absolument pas si dans 30 ans, il y aura encore des voitures. Et si Jules roulera dans une voiture, je sais pas à quoi roulera cette voiture. Elle sera probablement électrique, mais je pense que d'ici là, les techniques des batteries auront largement évolué, etc. Et ce que je ne sais pas, c'est quel sera le mix énergétique de Jules. Si j'étais dirigeant de Total, de BP, de Shell, je ne sais quoi, je me dirais : il faut que je pense aux générations futures y compris de mes actionnaires, d'ailleurs. Donc il faut que je prépare l'avenir, et préparer l'avenir, eh bien, c'est réintégrer cette fonction globale de l'énergéticien.

Merci, Philippe Chalmin, d'avoir accepté cette PE Car, cette interview en voiture à moteur hybride, et à bientôt pour une autre PE Car.