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Hydrocarbures au Brésil : des réserves sous conditions

Le 12 Avr 2017 à 14h55

Le Brésil possède d’importantes réserves de pétrole et de gaz mais leur exploitation a été freinée par les gouvernements successifs. La phase de transition a cependant commencé.

Pétrole nationalisé

En juillet 2006, le Brésil pouvait clairement prétendre à entrer dans le cercle fermé des gros pays producteurs de pétrole. Le gisement de Tupi (depuis rebaptisé Lula), dans le bassin de Santos venait d’être découvert, et le pays entrevoyait la possibilité de se propulser dans le top ten mondial. Raté ! Les espoirs ont été déçus non pas parce que les réserves se sont avérées moins importantes que prévu (elles se comptent en dizaines de milliards de barils) mais bien parce que l’organisation mise en place avec la loi pétrolifère de 2010 a considérablement handicapé la mise en route de l’exploitation.

Cette loi avait clairement pour but de favoriser Petrobras, détenue à 50 % par l’Etat brésilien, en fixant des conditions propres à décourager les compagnies étrangères. Le problème, c’est que le pouvoir a beaucoup trop demandé à Petrobras, déjà sollicitée de toutes parts pour investir dans l’ensemble de l’industrie, sans oublier le financement généralisé des partis politiques, comme le démontrent aujourd’hui les affaires de corruption en cours d’instruction (scandale de Lava Jato notamment).

La volonté très nationaliste (à la sud américaine) de conserver les ressources a parfaitement fonctionné, et même jusqu’à l’absurde. Les réserves sont restées en l’état et Petrobras s’est retrouvée seule à endosser un rôle qui dépassait ses compétences et ses capacités financières. La compagnie brésilienne est aujourd’hui endettée à hauteur d’environ 100 milliards de dollars.

« Les Brésiliens ont compris qu’ils s’étaient tiré une balle dans le pied » certifie Philippe Sébille-Lopez, consultant spécialisé dans la géopolitique de l’énergie au cabinet Geopolia (1). « Ils ont notamment assimilé le fait qu’ils ne pouvaient pas se passer des compagnies étrangères. La transition est donc en cours pour corriger les erreurs, donner plus de visibilité, plus de garanties sur le cadre légal et réglementaire, mais cela prend du temps ».

De schiste et d’offshore

Le Brésil a grandement besoin de satisfaire ses propres besoins, qui ne cessent d’augmenter avec le développement de l’économie et la progression constante du nombre d’habitants. Même si l’hydraulique assure une bonne part de la production d’électricité, les hydrocarbures ont une part de plus en plus prépondérante : en 1970, ils ne représentaient que 20 % de l’énergie primaire consommée contre plus de 50 % aujourd’hui.

La production de pétrole restera à l’avenir à majorité offshore. Après le bassin de Campos qui représente aujourd’hui 75 % de la production, c’est le bassin de Santos qui va prendre le relais avec en particulier ce gisement de Lula. L’exploitation dépendra également du coût d’extraction en relation avec le prix du baril. Le gisement de Lula est situé dans les couches présalifères situées en moyenne à 3 000 mètres de profondeur. Les coûts varient, selon les sources, de 20 à 45 dollars le baril et seraient sans doute plus proches de 40. 

A ces réserves, il faut ajouter le gaz, bien présent au Brésil. Selon des estimations convergentes, les réserves en gaz de schiste représenteraient 10 % du total mondial, ce qui est énorme.

Reste encore à traiter les pressions d’ordre environnemental. Greenpeace a, par exemple, mené campagne récemment pour dénoncer le projet de Total d’exploiter un gisement situé à quelques dizaines de kilomètres d’un riche récif corallien situé non loin du delta de l’Amazone et des côtes de la Guyane française.

L’Agence brésilienne de l’environnement (IBAMA) devrait rendre avant l’été sa décision concernant l’exploration de cette zone.

Quoiqu’il en soit, les réserves brésiliennes entreront d’une manière ou d’une autre dans le concert du pétrole mondial : « C’est difficile aujourd’hui », concède Philippe Sébille-Lopez, « mais demain sera meilleur pour les compagnies du monde entier, à condition d’accepter qu’au Brésil, le rythme est particulier et le temps long ».

On ne négocie pas avec la samba !