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Bilur : la monnaie virtuelle indexée sur le pétrole

Le 05 Oct 2017 à 18h47

Au début du mois de mai était annoncé le lancement d’une nouvelle monnaie numérique, le Bilur. Son objectif, concurrencer le Bitcoin. Comment ? En indexant son cours sur celui de pétrole.

Sommes-nous entrés dans l’ère de la monnaie virtuelle ou crypto-monnaie ? La question se pose de plus en plus sérieusement depuis 2009 et l’arrivée du Bitcoin, la première du genre et la plus connue. Inventé par Satoshi Nakamoto, un mystérieux pseudonyme, le Bitcoin est un système de paiement en peer-to-peer* contrôlé par la technologie Blockchain. Pour l’expliquer simplement, la Blockchain est un procédé de vérification décentralisée des transactions, qui permet de sécuriser les échanges avec une crypto-monnaie. Les avantages d’un tel mécanisme sont le coût très faible des transactions, la transparence du système et l’absence de banque centrale. La monnaie est en quelque sorte autoproduite et autogérée. En échange du contrôle des blocs de transactions, grâce à la résolution d’algorithme, des membres du réseau, appelés ici « mineurs », reçoivent une partie infime de nouvelle crypto-monnaie ainsi créée. Depuis l’apparition de Bitcoin, une multitude de Blockchains ont vu le jour. Elles proposent des contrats plus complexes que le simple achat-vente de Bitcoin. C’est ce qu’on appelle les contrats intelligents. Ils permettent aux utilisateurs de sécuriser des transactions comme des contrats de service impliquant une contrainte de temps.

Fonctionnement du Bilur

Bilur, « chaîne » en langue basque, est une nouvelle monnaie virtuelle créée par la société londonienne R FinTech. En se basant sur la valeur pétrole, elle se veut une alternative sécurisante pour les utilisateurs que se montreraient frileux à investir dans les monnaies numériques. Les fluctuations de celles-ci seraient trop importantes et imprévisibles. Bilur apporterait aussi la possibilité à des particuliers de spéculer sur l’évolution des cours du pétrole sans avoir recours à des produits financiers plus techniques : contrat à terme (future en anglais) ou CFD. Concrètement, chaque Bilur équivaut à 1 tonne de pétrole Brent soit 6,481 barils. La société assure avoir acheté un stock d’un million de barils et a mis en vente 154 297 Bilurs. Selon les mots de son PDG, Ignacio M. Ozcariz, « C’est la première crypto-monnaie avec une vraie valeur ». Ce même PDG promet des rendements de 3 à 4 % par an. La société imagine un développement rapide de son activité avec à la clé une introduction en bourse et des possibilités accrues pour Bilur, par exemple payer directement en monnaie virtuelle à la pompe. Du coté du modèle économique, la société se rémunère à auteur 0,01 % par jour sur la somme de Bilur détenue par l’investisseur, soit environ 3 % par an.

Une révolution de type Internet ?

Et justement c’est là ou la positionnement de Bilur est ambivalent. Le principe d’une crypto-monnaie est justement de n’avoir pas d’intermédiaire qui gère cette monnaie. Tout le contraire de Bilur. De plus, cette monnaie dématérialisée, en étant adossée à un stock réel de pétrole, s’apparente plutôt à des coupons gagés, communément appeler ABS (Assest Based Securty). Ce type de produit s’était retrouvé au cœur de la crise de 2008 avec la « titrisation » des prêts immobiliers américains. On est bien loin des crypto-monnaies qui dans leur essence même ne sont adossés qu’a la confiance des utilisateurs.

Enfin, sans organisme de contrôle, il est extrêmement compliqué de vérifier que la société R FinTech possède bien le stock de pétrole correspondant au nombre de Bilurs en circulation. Et n’étant rattaché à aucune structure connue, on est en droit de se demander qui est responsable du risque de contrepartie ?

La société assure pourtant que le produit est bien construit et que la faillite est impossible. Annoncé, en grande pompe et repris à plusieurs reprises par de nombreux médias européens, le Bilur semble bien loin de Bitcoin et des crypto-monnaies traditionnelles. R FinTech avait annoncé vouloir lever 120 millions d’euros à la bourse de Londres. On attend les résultats. 

Il n’en reste pas moins que le système Blockchain, aujourd’hui confidentiel, devrait à terme modifier profondément les systèmes monétaires et bancaires mondiaux. Les applications théoriques des crypto-monnaies en matière de coûts de crédit et coûts de transaction font entrevoir une révolution que certains comparent déjà à la révolution Internet. A l’heure où la transition énergétique cherche encore à trouver les moyens financiers de ses ambitions, c’est potentiellement une bonne nouvelle.

 

* d’égal à égal, qui fonctionne en réseau sans serveur central. Chaque ordinateur du réseau peut recevoir et envoyer de la donnée.