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Quels financements pour la transition énergétique ?

Le 19 Déc 2016 à 16h40

Benoit Leguet, directeur général d’I4CE, dresse un bilan des financements en faveur de la transition énergétique, en France et dans le monde. Quels sont les leviers de financement ? Les montants investis sont-ils suffisants et comment sont-ils répartis entre public et privé ? Et quels sont les axes d’amélioration ?

Nous allons parler financement de la transition énergétique avec Benoit Leguet, Directeur général d’I4CE, think tank sur l’économie de la transition énergétique, qui vient de publier son panorama 2016 des financements climat en France.

En quoi consiste l’activité d’I4CE ?

I4CE a pour but d’informer le débat public sur les politiques économiques et les outils économiques et financiers pour assurer la transition vers une économie bas carbone et adaptée au changement climatique.

Que signifie investir dans le climat ?

Investir dans le climat c’est générer des flux d’investissements qui contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre ou à augmenter la résilience face au changement climatique qui s’annonce. Ca veut dire faire plus de « vert », plus d’éoliennes, de transports en commun, de projets qui réduisent les émissions. Et faire moins de « marron », moins de projets qui émettent énormément de carbone ou qui maintiennent les émissions à des niveaux très élevés.

Quel montant faudrait-il atteindre au niveau mondial pour pouvoir financer rapidement la transition énergétique et à quelle échéance ?

Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est que la transition énergétique va coûter très cher. L’objectif qui a été fixé par l’accord de Paris, c’est de ramener les émissions mondiales à zéro avant la fin du siècle. Aujourd’hui, nous sommes à 40 ou 50 milliards de tonnes de CO2 équivalent. Pour assurer cette transition, il faudrait à peu près 5 000 milliards de dollars d’investissements chaque année. Ca va coûter très cher.

La bonne nouvelle, c’est que si on ne veut pas assurer la transition énergétique et continuer à émettre des gaz à effet de serre, ça va également coûter environ 5 000 milliards de dollars par an, pour apporter les services de base aux populations, les services en énergies, en mobilité, en nourriture, etc.

La transition énergétique va coûter cher mais finalement pas plus que de ne rien faire. En revanche, ne rien faire pourrait coûter très cher en cas de changement climatique rapide. Il va falloir trouver un peu plus d’argent pour faire plus vert, mais l’enjeu numéro un c’est avant tout de rediriger les flux, faire moins de marron et plus de vert.

Les investissements dans le monde sont-ils en progression ? Quelle est la tendance ?

Aujourd’hui on voit beaucoup d’annonces par les Etats, la plupart ont mis en place une feuille de route à horizon 2030 afin d’amorcer le virage nécessaire. Beaucoup de bonnes intentions qu’il va falloir convertir en actions. C’est entre les mains des Etats mais également des entreprises privées, des collectivités territoriales et de tous les citoyens.

L’accord de Paris a donc été utile au financement de la transition énergétique. Est-ce que vous commencez à le voir ?

On verra si l’accord de Paris a été un succès non pas en 2016 mais en 2050. En attendant c’est un formidable catalyseur pour mobiliser les énergies au service de la transition.

Qu’en est-il de la France si l’on dresse un panorama des financements ?

Tous les ans, nous retraçons les flux d’investissements qui vont dans le sens de la transition énergétique. C'est-à-dire, tout ce qui va financer les énergies renouvelables, les transports en commun, la rénovation énergétique dans les bâtiments, etc. On ne regarde que la partie verte des investissements en France. On a réussi à tracer environ 32 milliards d’investissements en France chaque année, c’est un chiffre qui se maintient sur les dernières années, même s’il y a des variations entre les différents secteurs, et qui est réparti entre pouvoirs publics, entreprises et ménages. Pour avoir un ordre de grandeur, ça représente environ 13 milliards pour les pouvoirs publics, un peu moins de 10 milliards pour les entreprises et à nouveau un peu moins de 10 milliards pour les ménages.

32 milliards, est-ce un bon chiffre ou est-ce insuffisant ?

 

Il y a deux façons de présenter ce chiffre. Si on regarde les investissements qu’il faudrait faire pour assurer la partie française des objectifs mondiaux de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, il faudrait multiplier les financements mobilisés en faveur du vert par deux, c’est à dire 50/60 milliards d’euros d’investissements par an. Donc de ce constat, il faudrait faire deux fois plus.

Néanmoins, le chiffre à regarder c’est celui des investissements chaque année en France, c’est à peu près 400 milliards d’euros par an. Donc certes, il faut faire deux fois plus de vert mais ça revient à faire basculer une toute petite partie des investissements en France vers du vert. Ca relativise l’effort à faire, ce n’est pas un effort de guerre que l’on demande à l’économie française. De plus, ça pourrait contribuer à relancer l’activité économique sur des bases un peu plus saines que celles sur lesquelles nous sommes partis aujourd’hui.

Le climat peut-il être créateur de richesse ? Est-ce qu’il peut créer des emplois ou au contraire en supprimer ?

Il est possible qu’une transition énergétique bien menée crée des emplois verts en termes purement quantitatifs. Il est possible d’avoir plus d’emplois dans un monde vert, même s’il y a débat entre les économistes. En revanche, qualitativement ce ne seront pas les mêmes emplois. Dans un monde « marron », vous avez des centrales au charbon, beaucoup de produit pétroliers, etc. Ce ne sont donc pas les mêmes emplois que dans un monde bas carbone, où il y a plutôt des énergies renouvelables et des transports en commun. On ne sait pas si la transition énergétique va créer des emplois, on sait en revanche qu’elle ne va pas en détruire. En revanche, ne rien faire pour le changement climatique, il est à peu près certain que ça détruira des emplois. Pour reprendre un slogan utilisé lors de la COP21 notamment par les syndicats : « Il n’y a pas d’emploi sur une planète morte ». Il faut le rappeler, si on a un changement climatique abrupt, on aura certainement une déprise de l’activité économique et donc moins d’emplois à la clé.

Comment inciter à plus d’investissements de la part des secteurs public et privé en France ?

 

Pour inciter les investissements verts et résilients au changement climatique, on peut travailler sur deux grands leviers. Le premier, c’est d’essayer de tirer la demande en biens, en services et en produits adaptés au changement climatique. On peut le faire par exemple en mettant un prix au carbone, ce qui incite les acteurs économiques à privilégier le bas carbone. On peut également faire des normes, c’est très efficace par exemple pour la réglementation thermique. Et un tas d’autres outils comme des subventions, des taxes, de la fiscalité aménagée. Essayer que les projets « verts » aient un meilleur rendement économique ou qu’ils soient moins risqués.

En cas d’un changement climatique abrupt, il se peut qu’un certain nombre d’actifs voient leurs valeurs brutalement dépréciées. Les acteurs sont en train de le comprendre.

Que peuvent faire les ménages à leur niveau ?

 

Un français moyen émet environ 10 tonnes de CO2 équivalent par an. Un ménage peut agir sur son propre patrimoine avec, par exemple, de la rénovation énergétique du bâtiment. Il peut agir sur ses déplacements, son alimentation qui constitue une part non négligeable des émissions. On peut manger bas carbone en mangeant de saison et local. Le volet d’action des particuliers souvent oublié c’est leur portefeuille d’investissements. Beaucoup de Français ont de l’épargne disponible soit sur des liquidités soit sur des actifs. Sans le savoir, ils contribuent à financer du vert mais certainement aussi du moins vert, vous pouvez choisir de verdire votre portefeuille d’investissement.