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Transition énergétique en Allemagne : quel bilan avant les législatives ?

Le 06 Fév 2017 à 12h19

La transition énergétique allemande enregistre des résultats spectaculaires mais semble atteindre quelques limites qui vont forcément rouvrir le débat à neuf mois des législatives.

Les premières politiques publiques en Allemagne en faveur des énergies renouvelables (ENR) sont apparues dès les années 90. En 1998, victoire de la Coalition rouge-verte a fixé l’objectif de sortie du nucléaire. Mais c’est en 2011, juste après Fukushima, qu’Angela Merkel a officialisé la sortie du nucléaire. L’Energiewende (tournant énergétique) avait trois objectifs : l’abandon du nucléaire en 2022, le développement des ENR et enfin la sortie du charbon. Le nucléaire est tombé à 90 térawatts-heure (TWh) par an contre 163 en 2005. La baisse, constante depuis 2006, s’est accélérée après 2011 avec la fermeture immédiate de 8 des 16 réacteurs en service. Plus rapide encore, les renouvelables (éolien surtout) culminent à plus de 200 TWh. Ces chiffres font dire à l’ingénieur spécialiste de l’énergie et du climat Jean-Marc Jancovici que « la part de l’électricité non fossile est à peu près stable depuis 2005. La politique allemande sur les renouvelables est clairement destinée à remplacer le nucléaire mais pas du tout le charbon ». L’objectif de diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 40 % à l’horizon 2020 par rapport à 1990, n’a que très peu de chances d’être atteint. L’Allemagne, qui dispose d’importantes réserves de lignite, n’a pas fait du climat sa priorité, ce qui commence d’ailleurs à énerver les militants écologistes.   

L’intermittence, ou comment faire trop ou pas assez !

En Allemagne, comme partout, l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque et l’impossibilité de stocker massivement l’électricité, obligent à mettre en place des moyens importants pour assurer la sécurité d’approvisionnement. « Le débat est en train de s’ouvrir en Allemagne », assure Cécile Maisonneuve, spécialiste de l’énergie et Présidente de la Fabrique de la Cité. « Au début, tout était politique et positif, mais les chiffres sont là. Les renouvelables répondent à une demande sociétale forte et bénéficient d’une compétitivité en réels progrès mais on se rend bien compte que leur apport en période de forte consommation est faible ». Pour une éolienne, le taux de charge moyen tourne autour de 25 % et peut, en fonction du vent, passer rapidement de zéro à 100 %. En cas de faible production, les autres solutions passent par des centrales thermiques, gaz en particulier, ou par des importations venues principalement de France et de ses… centrales nucléaires ! La vraie question, sans réponse, est bien de savoir quelle peut-être la part totale des renouvelables (29,5 % en 2016). A l’inverse, si les renouvelables produisent à plein régime, l’Allemagne se trouve en surproduction. Comme il existe une obligation d’achat avec tarif garanti pour ces renouvelables, les autres productions sont bradées à un prix souvent négatif afin par exemple d’éviter la coupure coûteuse d’une centrale thermique. 

La transition énergétique, combien ça coûte ?    

Ce sont les ménages allemands qui paient très cher la transition énergétique. Le kilowatt est deux fois plus cher qu’en France et la taxe pour le soutien aux renouvelables représente près d’un quart de ce prix en constante augmentation. Seul le Danemark et son mix charbon-éolien, impose un prix plus élevé en Europe. Pour les protéger face à la concurrence, les industriels ne sont pas concernés par cette taxe. Pour calmer la grogne qui monte, le ministre de l’Économie et de l’Énergie, Sigmar Gabriel a baissé les aides publiques aux renouvelables en juillet dernier et imposé des appels d’offres qui n’existaient pas pour les plus gros projets.

Pour le coût global de la transition, les chiffres sont beaucoup plus incertains. Les experts divergent entre des centaines de milliards d’euros et quelques milliers de milliards. Pour Jean-Marc Jancovici qui penche davantage pour quelques milliards, « l’Allemagne va payer, tout compris, de 15 à 30 fois ce que coûterait la remise à neuf complète du parc nucléaire français ».    

Prix de l’électricité injustement réparti, coût global incertain de la transition, équilibre à définir du mix énergétique, faiblesse des progrès pour le climat, sans oublier les sérieux problèmes d’acceptation des réseaux appelés à transporter l’énergie renouvelable du nord vers le sud, l’Energiewende, présenté comme un exemple de volontarisme, commence à soulever des questions qui devraient alimenter une partie de la campagne législative en septembre. Les réponses intéresseront bien au-delà de l’Allemagne.